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Usurpation de plaque moto : la marche à suivre

Un avis de contravention arrive pour un excès de vitesse relevé à 400 km de chez vous, un jour où la moto n’a pas bougé du garage, puis un deuxième tombe sur une autre commune.

Quelqu’un roule avec une copie de votre numéro, une fraude que le code de la route appelle usurpation de plaque d’immatriculation et que les policiers et les gendarmes ont enregistrée 23 072 fois en 2023, contre 22 008 l’année précédente et environ deux fois moins dix ans plus tôt, selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur au Journal officiel du 4 février 2025.

La suite dépend entièrement de l’ordre dans lequel vous menez les démarches et de quelques délais courts.

Table des matières

Les signes d'une plaque usurpée

Le premier signal reste l’avis de contravention géographiquement impossible, pour un péage, un radar ou un stationnement payant dans une ville que vous n’avez jamais traversée. Deux ou trois avis rapprochés sur des départements différents confirment presque toujours la doublette, parce qu’un fraudeur qui roule sous un faux numéro accumule les infractions vite.

Sur l’espace de contestation de l’ANTAI, le numéro d’avis et sa clé donnent accès au cliché pris par l’appareil de contrôle, transmis par le centre automatisé de Rennes, et cette photo suffit presque toujours à trancher. Un radar photographie l’arrière d’un deux-roues, donc l’image montre le modèle, la couleur, la forme du silencieux et le porte-bagages. Comparez avec votre moto avant toute chose : dans beaucoup de dossiers, le véhicule photographié n’est même pas de la même cylindrée, et il arrive que ce soit une voiture.

 

L’administration mène le même recoupement de son côté depuis 2021, avec un outil baptisé IA flash qui confronte automatiquement le cliché au registre national d’immatriculation pour repérer les incohérences. Ce filtre fait tomber une partie des dossiers en amont, sans jamais dispenser la victime de contester elle-même les avis qui lui sont adressés.

Une plaque de moto se copie plus facilement que celle d’une auto puisqu’elle est unique, montée à l’arrière, souvent à hauteur de genou sur un parking, et qu’une photo au téléphone suffit à la faire reproduire. Un motard qui gare tous les jours au même emplacement, devant son bureau ou dans un parking résidentiel, offre au fraudeur un numéro stable et discret.

La plupart des victimes comprennent au deuxième ou au troisième avis, et se retrouvent alors devant une série de démarches dont l’ordre n’a rien d’évident.

L'ordre des démarches et les délais à ne pas rater

Chaque démarche produit une pièce dont la suivante a besoin, ce qui fixe l’ordre une fois pour toutes.

  1. Déposer plainte pour usurpation, ce qui vous donne le récépissé indispensable au reste.
  2. Contester chaque avis de contravention reçu, en joignant ce récépissé.
  3. Demander un nouveau numéro d’immatriculation auprès de l’ANTS.
  4. Faire fabriquer et poser la plaque au nouveau numéro avant de reprendre la route.

La dernière étape ne dépend d’aucune administration. Dès que le nouveau numéro figure sur votre certificat provisoire, vous pouvez commander une plaque conforme au nouveau numéro et la river le jour même, sans attendre la carte grise définitive.

Le piège de calendrier se situe entre les étapes 2 et 3. Vous disposez de 45 jours pour contester un avis de contravention, ramenés à 30 jours dès qu’il est majoré, alors que l’attribution d’un nouveau numéro et l’édition du certificat d’immatriculation prennent souvent plusieurs semaines.

N’attendez donc jamais la fin de la démarche ANTS pour envoyer vos contestations, sous peine de voir une amende de 68 euros passer à 180 euros pendant que votre dossier avance.

Porter plainte pour usurpation de plaque

La plainte se dépose contre X dans n’importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie, sous l’intitulé usurpation de plaques d’immatriculation, référencé NATINF 25123. Depuis octobre 2024, elle peut aussi être déposée en ligne, ce qui évite un déplacement et une matinée d’attente.

Réclamez systématiquement le récépissé et une copie de la plainte, puis scannez-les, parce que chaque contestation d’amende en consomme un exemplaire et qu’un dossier de doublette en compte rarement moins de trois. Notez le point qui bloque le plus de victimes, un récépissé introuvable ou resté en un seul exemplaire papier le jour où un troisième avis arrive.

Votre numéro est alors inscrit au fichier des objets et véhicules signalés, celui que les forces de l’ordre interrogent lors d’un contrôle et que l’on consulte aussi pour savoir si une moto est volée. Ce signalement protège votre dossier, mais il augmente aussi les chances qu’un contrôle vous immobilise le temps d’une vérification, d’où l’intérêt de garder une copie du récépissé sous la selle.

Contester chaque avis de contravention

La contestation passe par le formulaire de requête en exonération joint à l’avis, ou par le formulaire en ligne sur le site de l’ANTAI. Cochez le cas n° 1, celui qui couvre le vol, la destruction du véhicule et l’usurpation de plaque, et joignez la copie du récépissé de plainte. Ce motif dispense de la consignation, donc vous n’avancez pas un euro pour contester, contrairement aux autres cas de figure.

Ne payez jamais l’amende en attendant que le dossier se règle. Le paiement vaut reconnaissance de l’infraction et déclenche le retrait de points, définitivement acquis, alors que la contestation les préserve. Si vous adressez le formulaire par courrier plutôt qu’en ligne, envoyez-le en recommandé avec accusé de réception à l’officier du ministère public, seule preuve d’envoi opposable en cas de litige sur les délais.

La plainte n’interrompt pas la série d’avis, et tant que le fraudeur circule avec votre numéro, ils continuent d’arriver, chacun devant être contesté séparément avec son propre formulaire et sa propre copie de récépissé.

Un dossier de doublette se gère sur plusieurs mois.

Obtenir un nouveau numéro d'immatriculation sur l'ANTS

La demande se fait sur le site de l’ANTS, rubrique « Signaler un changement sur la situation de mon véhicule », puis « Retrait ou remise en circulation du véhicule, ou usurpation de plaques ». Le récépissé de plainte conditionne l’accès à la démarche, et vous devez certifier sur l’honneur détenir un permis et une assurance en cours de validité.

La ré-immatriculation est exonérée de taxes et seuls 2,76 euros de redevance d’acheminement restent à payer, par carte bancaire uniquement. Vous téléchargez immédiatement un certificat provisoire d’immatriculation valable un mois en France, qui porte déjà le nouveau numéro et vous autorise à rouler en attendant le titre définitif. Ce document ne vaut qu’en France, donc un voyage prévu à l’étranger dans le mois impose d’attendre le certificat définitif avant de partir.

Prévenez ensuite votre assureur, sans quoi votre contrat continue de couvrir un numéro qui n’existe plus. Le même réflexe vaut pour le badge de télépéage, la carte de stationnement résidentiel et le macaron d’un parking d’entreprise, trois abonnements liés au numéro qui se bloquent silencieusement le jour où il change.

Refaire la plaque de votre moto avec le nouveau numéro

Le format réglementaire des deux-roues est le 210 x 130 mm, seul homologué depuis 2009, sans dérogation possible quelle que soit la cylindrée. La plaque associe un fond blanc rétroréfléchissant, des caractères noirs qui ne le sont pas, une eurobande avec le F de la France et l’identifiant territorial de votre choix, département et logo de région compris.

Une plaque conforme porte le numéro TPPR attribué par le ministère des Transports et l’agrément UTAC, imprimés en bas de plaque. Sans ce marquage, la plaque part en contre-visite au contrôle technique des deux-roues, et l’article R317-8 du code de la route expose à une amende de 135 euros, majorable jusqu’à 750 euros.

Côté matière, l’aluminium et le plexiglass sont tous deux homologués. Sur une moto, le PMMA injecté de 3 mm présente l’avantage d’encaisser les vibrations sans se voiler comme le fait une tôle alu d’un millimètre montée sur un support souple, et il se rive à l’identique avec deux rivets inamovibles, les vis démontables étant refusées au contrôle.

L’ancienne plaque part à la benne sans exception possible, puisque le numéro est imprimé dans la masse du support et que rien ne permet de le corriger ni de le recouvrir, tandis que la conserver reviendrait à faire circuler un numéro signalé au fichier des véhicules. Un automobiliste doit en refaire deux, l’avant et l’arrière ; un motard n’en remplace qu’une, celle de l’arrière, ce qui limite la facture à une quinzaine d’euros.

Quand la plaque est volée sur le parking

Un vol de plaque seul, sans amende derrière, n’entraîne pas de changement de numéro. Vous déposez plainte, vous récupérez le récépissé, et vous faites refaire une plaque à l’identique avec le même numéro, le récépissé servant de justificatif au fabricant.

Circuler sans plaque en attendant, même deux jours, tombe sous le même article R317-8 que la plaque non conforme. La garantie vol de la quasi-totalité des contrats deux-roues laisse ce cas de côté, puisqu’elle couvre le véhicule et ses accessoires montés, quand une plaque reste un élément administratif à une quinzaine d’euros.

La situation bascule le jour où un premier avis de contravention arrive pour un trajet que vous n’avez pas fait. La plaque volée sert alors de doublette et la procédure complète s’applique, demande de nouveau numéro comprise. Un vol de plaque isolé mérite donc une surveillance de votre courrier pendant les semaines qui suivent, plutôt qu’un remplacement rapide suivi d’un oubli.

Varier les emplacements de stationnement et privilégier un endroit passant complique la prise de vue, tandis qu’un traceur GPS et les autres dispositifs pour protéger sa moto contre le vol couvrent le scénario nettement plus coûteux où le voleur ne se contente pas de la plaque.

Ce qu'il faut retenir de la procédure

La plainte ouvre le dossier et fournit la pièce que tout le reste réclame, les contestations protègent vos points tant que le fraudeur circule, la démarche ANTS coupe la source du problème et la nouvelle plaque referme la boucle.

Un dossier mené dans cet ordre se solde par quelques heures de paperasse et une vingtaine d’euros de frais, là où le même dossier mené à l’envers coûte des amendes majorées et des points qui ne reviendront pas avant plusieurs années. Le calendrier des contestations reste le seul point sans marge de manœuvre, avec ses 45 jours ramenés à 30 en cas de majoration, et chaque avis qui compte pour lui-même.